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Haïti - Reconstruction : Réflexions de Mgr Pierre-André Dumas
12/07/2011 13:41:44

Haïti - Reconstruction : Réflexions de Mgr Pierre-André Dumas
Le Secours Catholique participe depuis 18 mois à effacer les traces du séisme de janvier 2010, cela prendra encore de longues années avant d’y parvenir, mais de solides projets sont d’ores et déjà mis en œuvre. Dans une entrevue, Mgr Pierre-André Dumas, évêque du diocèse de l’Anse-à-veau et de Miragoâne et Président de Caritas Haïti, revient sur cet événement et ses conséquences, dont nous vous proposons de partager les points essentiels.

«...La reconstruction se fait lentement car il faut écouter, accompagner, prendre du temps pour savoir ce dont les gens ont besoin [...] Il faut travailler ensemble pour donner aux Haïtiens la possibilité d’être protagonistes de la reconstruction et acteurs de leur développement. Il ne faut pas le faire à leur place. Il faut aider le peuple à se relever, à reconstruire ensemble et à être solidaires.

Il y a eu deux grandes phases après le séisme. D’abord l’urgence : en association avec toutes les Caritas il a fallu répondre aux premiers besoins. [...] L’intervention d’urgence a servi à limiter le nombre de victimes, à tenir l’autre en vie. L’urgence nous rattrape toujours mais il faut penser en termes de développement et de réhabilitation pour reconstruire le pays. Cela prend du temps car il faut écouter, accompagner, guider pour ne pas faire les mêmes erreurs. Il faut faire en sorte que les gens ne soient pas seulement en position de recevoir. Il faut un engagement de la population dans la durée pour les aider à se tenir debout.

Aujourd’hui l’éducation est un de nos chantiers prioritaires car de nombreuses écoles ont été détruites [...] Il faut continuer à pousser pour que le programme du Gouvernement en faveur de la gratuité de l’école se mette en place tel que cela est prévu dans la Constitution haïtienne. Au niveau de l’éducation, un autre besoin important est celui de former les maîtres afin d’améliorer la qualité de l’éducation qui est donnée.

Caritas Haïti a aussi mis l’accent sur la santé avec la crise du choléra [...] C’est toute une éducation qu’il faut faire, il faut motiver les gens, les sensibiliser pour leur apprendre à traiter l’eau.

[...] Caritas Haïti a aussi développé un volet d’économie sociale et solidaire car au niveau de l’économie rurale, il y a un problème de décapitalisation des paysans. Il faut faire grandir l’économie locale de manière à ce que les Haïtiens puissent se prendre en charge et ne soient pas seulement en position de recevoir. Au niveau agricole, il faut aider les paysans à augmenter la production agricole locale. Cette intervention comporte également un volet écologique à cause du déboisement.

Caritas Haïti accompagne la population haïtienne dans le relogement. Avant le séisme, en Haïti le signe de richesse était le béton. Il faut maintenant aider le peuple à prendre conscience qu’il est important de bien faire les choses. Il faut investir dans la durée, faire en sorte de ne pas répéter les mêmes erreurs que dans le passé.

[...] Le pays commence lentement à se redresser. On commence à voir les premiers résultats de l’aide. Il faut continuer à insuffler des petits signes d’espoir au peuple haïtien. Il faut redonner de l’espérance [...] Le séisme a été un cri, une grande souffrance suite à laquelle les Haïtiens ont réagi en faisant montre d’une grande solidarité. Aller vers l’autre, c’est sortir de soi : il y a plus de joie à donner qu’à recevoir. On a retrouvé le sens d’expressions traditionnelles telles que « ce qui est cuit est de tous » ou encore « les voisins sont la famille ». Le séisme a permis le retour à une solidarité simple et plus spontanée.

Il faut apprendre de la leçon d’Haïti [...] Le défi est de vivre ensemble une nouvelle solidarité à travers les réalités de la vie de tous les jours. Haïti doit être soutenu pour relever ce défi de voir et faire autrement. On a besoin de l’expertise étrangère, mais il faut anticiper cette solidarité pour qu’elle soit pro active et non pas réactive. Il faut encourager une solidarité effective, en articulant mieux les choses, en respectant les cultures locales, les traditions.

Haïti a connu beaucoup d’antagonismes et de polarisations. Aujourd’hui le peuple a besoin de Paix et de réconciliation nationale. Il faut chercher à construire des relations positives entre les gens au regard de l’histoire difficile du pays. Il faut un dialogue national pour dépasser les schémas traditionnels et sortir des veilles tensions [...] Noirs, blancs, mulâtres se sont combattus ; les élites et les campagnes se sont opposées [...] les Haïtiens se sont construits sur des différences et n’ont pas été capables de faire un pays. Il faut maintenant construire des ponts pour que la coopération soit une coopération libérée des suspicions, des préjugés et ainsi être de vrais frères. Toussaint Louverture disait : « Unissez-vous à nous dans le combat de la fraternité » [...] Tous les hommes sont des frères et on ne peut pas se dire frères en se traitant n’importe comment.

[...] L’Église a un rôle de vigilance, de dénonciation de la vie politique. Là où il y a des vulnérabilités il faut être présent, être une grande famille fraternelle, créer des liens. [...] Cette nouvelle coopération doit aider à se prendre en main, à s’autonomiser, a construire ensemble le futur. La coopération doit être un échange et Haïti doit être maîtresse de fraternité. Il faut réfléchir avec la population haïtienne pour aller de l’avant et qu’elle se sente partie prenante. Il faut chercher à dépasser la mentalité de résignation et aider à se remettre debout afin que les Haïtiens puissent transformer leur réalité.

La philosophie de tout le réseau Caritas est d’aider les gens à se prendre en main [...] Aujourd’hui, il faut rester sur les signes d’espérance qui naissent et retrouver le chemin du partage : laisser les blessures du passé dans le passé sans les renier et rechercher les intérêts supérieurs de la Nation.

Les peuples ont des trésors intérieurs pour vivre la vie de façon positive. Ainsi, la crise haïtienne peut permettre au reste du monde d’avoir de nouvelles références, d’autres critères. Le peuple haïtien est un peuple qui chante et qui danse malgré la souffrance. Il montre comment en ayant peu, on peut donner un sens à la vie. Ce peuple pousse un cri pour vivre autrement et nous appelle à retrouver notre humanité commune pour que la charité devienne réelle. »


Lire aussi :
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https://www.haitilibre.com/article-2724-haiti-religions-mgr-pierre-andre-dumas-appelle-a-la-tolerance.html
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HL/ HaïtiLibre / propos recueilli par Émilie Randrianarison

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