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Haïti - Élections : La Société civile appelle au réveil civique
20/08/2010 16:58:26

Haïti - Élections : La Société civile appelle au réveil civique
Collectif d’Organisations de la Société Civile - Déclaration #14 - Août 2010

Les récents développements qui se sont produits dans le cadre du processus électoral, révèlent, s’il en était besoin, les grandes défaillances de l’actuel système politique haïtien.

A) Du coté de l’État, nous mesurons la distance qui nous sépare de ce qu’on pourrait appeler un État de Droit.

1.- Les Droits du Citoyen ne sont pas respectés. Lorsque celui-ci, après avoir servi à des fonctions de haute responsabilité, sollicite décharge de sa gestion, les instances préposées à cette fin, ne prêtent guère attention à sa demande, à moins qu’il ne soit en odeur de sainteté auprès du pouvoir. Quand ce n’est pas la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif qui ne dresse pas le rapport, c’est le Parlement qui se dérobe à ses obligations statutaires.

2.- Les prescrits constitutionnels sont foulés aux pieds. Le Conseil Électoral Provisoire s’arroge de façon abusive, le droit de « mettre en quarantaine » l’exigence constitutionnelle relative à la décharge des grands commis de l’État, sans se référer aux trois Pouvoirs, qui en cette circonstance exceptionnelle, auraient à se prononcer sur la question, ou, comble d’irresponsabilité, le Conseil Électoral Provisoire (CEP) propose, à ce moment de grande détresse économique oú se trouve le pays, d’engloutir des millions de dollars pour organiser des élections présidentielles qu’il faudrait refaire au cas oú l’élu n’obtiendrait pas une décharge post-électorale.

3. La valse de candidatures a remis sur les feux de la rampe le Centre National d’Equipement (CNE) une institution dont on ne sait si elle relève du droit public, ou du droit privé. Le CNE n’est ni le Ministère des Travaux Publics, ni une firme privée de construction, et pourtant une part substantielle des deniers publics lui sont confiés, particulièrement les importants fonds de PetroCaribe, pour lesquels la nation attend encore un rapport approprié. Qui contrôle le CNE ? La Cour Supérieure des Comptes ? La Commission Nationale des Marchés Publics ? Le Parlement ? Avons-nous affaire à une instance au dessus de la loi, au dessus de l’État, qui serait la « chose » du Président et qui aujourd’hui se transforme en formation politique pour proposer des candidats à la Presidence et au Parlement ?

Tous ces exemples montrent que ce qui prévaut aujourd’hui, ce n’est pas l’État de Droit, ce n’est pas le respect de la Loi, laquelle doit être nécéssaire et universelle. Ce qui prévaut, c’est la logique partisane, le clientellisme politique, le népotisme, le favoritisme, le paternalisme.

B) Du coté des Partis Politiques, ils n’ont pas réussi à dépasser les rivalités de personnes ou de clans pour constituer deux ou trois grandes forces politiques bien structurées, constituées autour de politiques publiques et de programmes bien définis, disposant d’une base sociale solide, porteuses des revendications et des aspirations de la population et des secteurs organisés de la société. La classe politique n’est pas la seule à blâmer. Les élites intellectuelles, morales, professionnelles, économiques ont également leur part de responsabilité dans cet échec. Elles n’ont pas su dépasser leurs petits intérêts personnels pour apporter leurs contributions intellectuelles et financières dans la construction de ces deux ou trois grands Partis Politiques. Chacun attend prudemment que le gagnant se profile à l’horizon pour l’appuyer et obtenir sa bénédiction ou ses faveurs. Le résultat de ce maronnage des temps modernes, c’est que la Magistrature Suprême de l’État, un poste de décision aussi important, qui requiert une bonne maitrise des dossiers et une fine connaissance des hommes et des institutions, est convoitée soit par des inconnus, soit par des personnalités populaires dans d’autres domaines mais qui n’ont ni la préparation ni l’expérience pour une tâche aussi délicate, soit par des personnalités disposant de certaines compétences, mais pas d’une véritable force politique.

Face à cette situation préoccupante, les organisations de la société civile signataires de la présente déclaration, lancent encore une fois un appel pressant à un réveil civique et à une grande mobilisation citoyenne. La politique n’est pas un jeu, les élections ne sont pas un festival. Ce sont des affaires extrêmement sérieuses qui demandent l’attention, l’engagement et l’investissement de tous. Nous invitons tous les citoyens et citoyennes à suivre avec la plus grande vigilance, ce qui se passe au niveau du processus électoral, à continuer à exiger les changements et les corrections nécessaires. Mais à ne pas abandonner la lutte pour des élections crédibles, pour le respect de leur droit de vote et de leur choix politique.

Le pays est à une croisée de chemins. Nous pouvons repartir pour une nouvelle aventure désastreuse ou au contraire prendre la route du progrès et de la modernité. Tout n’est pas perdu. Le moment est à la réflexion, à la concertation, à des choix judicieux et à l’action. Au niveau de nos organisations, nous prenons l’engagement, face à la gravité de la situation de continuer à participer à cette réflexion, à cette concertation à cette observation vigilante et à cette action citoyenne, en vue d’aider à la construction de cet État de Droit, à la tenue d’élections véritablement honnêtes et crédibles, au renforcement de la Démocratie et à l’émergence d’un Pouvoir responsable, compétent, respectueux des droits de la personne et soucieux du bien-être collectif.

Les signataires :
Initiative de la Société Civile (ISC) - Rosny Desroches
Conseil Haïtien des Acteurs Non Etatiques (CONHANE) - Edouard Paultre
Organisation des Patriotes Pour Ayiti (OPA) - Léopold Berlanger
Initiative Citoyenne (IC) - Jean Garry Denis
Centre Œcuménique des Droits de l’Homme (CEDH) - Jean-Claude Bajeux
Action Citoyenne - Bellegarde Berthony
Centre pour la Promotion des Droits Humains et de la Démocratie en Haiti (CEPRODHD) - Jn Gardy Théodore
Grand Front National des Etudiants Haïtiens. (GRAFNEH - James Jacques
Office de Concertation pour le Développement (OCODE) - Dominique Joseph
MODODH - Alphonse Francis


HL/ HaïtiLibre


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